Surya and the Moon


Le bonheur, c’est lorsque ce que tu penses, ce que tu dis et ce que tu fais sont en harmonie. Gandhi

À bientôt mon bébé

À bientôt mon bébé

 

Par où commencer…

J’avais déjà imaginé le petit texte vous annonçant cette nouvelle qui nous remplissait le cœur. Pas celui-ci à vrai dire, mais il est nécessaire pour moi de l’écrire.

Le 25 juin 2020 nous avons appris que nous allions devenir parents et deux mois plus tard, le 27 août 2020 nous apprenions que le cœur de notre bébé s’était arrêté.

Il n’y a pas de mots assez forts pour retranscrire ce par quoi nous sommes passés depuis le début de l’été. La pudeur ou le fait que le sujet de la « fausse couche » (je déteste ce terme) soit aussi tabou dans notre société aurait pu me pousser à garder cette histoire secrète, juste pour nous. D’ailleurs dans mon cas, on ne parle pas vraiment de fausse couche mais plutôt de grossesse arrêtée. Les mots ont toujours été de merveilleux remèdes pour moi et mettre des mots est important pour mon/notre étape de guérison. À l’échelon familial, amical ou encore sociétal beaucoup pourraient penser que pour évacuer cet « incident » et aller de l’avant, il serait préférable de rester léger et de ne pas en parler. Mais parler de cette histoire c’est avant tout rendre réelle cette petite âme qui nous avait choisi comme parents. Bien qu’elle sera toujours dans nos coeurs à Clément et à moi, témoigner c’est la faire exister auprès de vous.

Pleurer les enfants qui ne sont pas nés vivants, c’est reconnaître qu’ils ont existé. Et pas seulement dans le coeur ou dans l’imaginaire mais concrètement, réellement. Leurs corps ont pris corps dans un autre corps. Ils ont eu une vie, certes courte, mais une vie malgré tout.

Je pense aujourd’hui à ma petite sœur de presque 20 ans et qui un jour deviendra peut-être maman. Dans ce monde où l’information est accessible partout, à outrance même,  pourquoi ce sujet est-il aussi peu abordé ? La pudeur peut-être ? Très certainement. Si parler de la mort en général fait peur, parler de la mort d’un enfant à naître l’est encore plus.

Le deuil est sans doute l’un des événements les plus traumatisants de la vie. Faut-il laisser les souffrances dans l’ombre sous prétexte d’atteinte à la pudeur ou à la liberté de parole de chacun ? Je pense qu’il faut pouvoir offrir à tous la possibilité de « faire son deuil », permettre un chemin de réconciliation. On ne peut pas le faire à la va-vite, en surface, balayer les choses comme s’il ne s’était rien passé.

S’il y a bien quelque chose qui m’a aidé après cette terrible annonce, c’était de chercher les témoignages d’autres femmes ayant vécu cela. Partager une souffrance commune qui ne s’explique pas. Même si les histoires étaient parfois difficiles à écouter, paradoxalement cela me faisait énormément de bien. Je me reconnaissais dans ces larmes et j’étais moins seule. Je me sentais soutenue. Alors j’espère que ce témoignage pourra un jour aider certaines femmes à se sentir comprises et entendues dans leur incommensurable peine, à éclairer leurs proches sur cette situation si particulière qu’elles traversent, et surtout à laisser une trace lumineuse du court passage de notre premier tout petit bébé.

 

Juin

Je me souviendrais toujours de notre réaction ce 25 juin 2020. Nous étions si heureux. Enfin ! Le bonheur absolu. Après des mois d’attente, nous allions devenir parents. Bien que très très renseignée (les livres sur la maternité/grossesse prennent une section entière de la bibliothèque) sur le fait qu’un test positif ne soit pas synonyme absolu de bébé à venir, je me suis sentie maman à la seconde même où nous avons vu affiché sur le test « enceinte 2/3 semaines »

Tellement impatiente et surexcitée, en ni une ni deux, après l’avoir annoncé à ma cousine, j’arrive à trouver un rendez-vous chez une gynécologue dès le lendemain. Bon j’avoue, je m’étais un peu emballée et je savais très bien qu’il était bien trop tôt pour voir quelque chose à l’échographie, d’autant plus que j’ai des cycles longs. Normalement on commence par faire une prise de sang pour mesurer son taux béta-HCG qui confirme ou non la bonne évolution de la grossesse mais bon on ne change pas une éternelle impatiente après tout ! La gynécologue me confirma donc bien le lendemain qu’il était trop tôt pour voir quelque chose, et me rassura en me disant qu’elle même aurait eu la même réaction. On devait attendre les résultats de ma prise de sang et se revoir une semaine plus tard pour vérifier l’apparition du petit sac dans mon utérus et éliminer la possibilité d’une grossesse extra-utérine. Au niveau de mes sensations, je commençais déjà à être très fatiguée et je me souviens encore que, bien que mon frère et ma sœur soient venus passer une semaine à la maison début juillet, il était impossible pour moi de ne pas faire au moins une longue sieste quotidienne. J’étais malgré tout angoissée à l’idée qu’il pouvait s’agir d’un œuf clair mais une semaine plus tard, mon taux avait parfaitement évolué et l’échographie montrait bien un petit sac ovulaire dans mon utérus. On ne pouvait pas encore voir l’embryon mais rien d’inquiétant car il était encore trop tôt à ce stade. La gynécologue me donna rendez-vous trois semaines plus tard, fin juillet pour une nouvelle écho afin de mieux dater la grossesse.

J’étais sur un petit nuage et en même temps légèrement anxieuse. Comme toute future maman je pense que j’avais besoin de voir mon petit bébé à l’échographie pour être pleinement rassurée. Nous l’avons annoncé rapidement à quelques amis très proches et à maman. 

Nous partions du principe avec Clément que garder ce secret uniquement pour nous deux pendant trois mois était impossible, et que si quelque chose de terrible devait se produire, de toute façon nous ne pourrions pas le cacher tant notre tristesse serait grande.

Pour le reste de notre famille et de nos amis proches, nous voulions attendre malgré tout de voir notre bébé et d’entendre son coeur battre. Ce premier mois de grossesse s’est très bien passé. Une très grosse fatigue, quelques fortes nausées qui me donnaient une aversion pour certains aliments mais rien de trop désagréable à vivre. Nous parlions à notre bébé tout le temps, Clément le premier. J’avais lu en amont plusieurs articles expliquant la complexité et l’incroyable vie intra-utérine. Alors expliquer mes émotions, mes ressentis était quelque chose de très important pour moi. Nous étions déjà à fond dans les projections. Fille ou garçon. J’étais intimement persuadée que c’était une petite fille. Choix du prénom. Décoration de la chambre. Quelle annonce pour tous nos proches ? Ce bébé allait arriver d’ici quelques mois et tout tournait autour de ça. Parallèlement je scrutais minutieusement le moindre signe annonciateur d’une potentielle fausse couche. J’ai fouillé tous les articles d’internet. Ah Google ! Tu es bien pratique mais comme je te hais parfois ! 

 

Fin juillet 

Trois semaines plus tard je vais enfin à mon rendez-vous. Clément était reparti en tournoi le matin même et n’allait pas être  présent avec moi. Mais bon de toute façon, merci COVID à cause de toi il n’aurait même pas été accepté pour ce rendez-vous. Je pense que je n’ai jamais été aussi stressée de toute ma grossesse qu’à ce moment là. Les minutes interminables dans la salle d’attente. Est-ce qu’il y aura bien un bébé ? Est-ce-que son coeur battrait ? Je me souviens encore de la tête de ma gyneco en prenant ma tension « mais est-ce-que vous allez bien ? vous êtes stressée ? » Ah oui j’étais une véritable boule de nerf à ce moment là et mes exercices de respiration n’aidaient en rien ! Quelques secondes plus tard sur l’écran, il était là. Ce tout petit bébé, avec ce petit point qui clignotait et qui signifiait que son coeur battait bien. « Vous êtes prête, je vais vous faire écouter son coeur. » Ce bruit, si beau et si réel. Un mini nous à l’intérieur de moi. C’est fou cette sensation. L’esquisse des petites jambes et de ces petits bras. Tout allait bien. Le terme était prévu pour le 11 mars environ mais l’échographie officielle du premier trimestre, à effectuer en août, devait encore mieux préciser le terme. La gynécologue remarqua juste un petit hématome dans mon utérus, rien d’inquiétant selon elle car visuellement il était en train de se résorber mais elle me recommanda un repos relatif pendant quinze jours et de ne surtout pas soulever de charges lourdes. Cette annonce ne m’angoissa pas particulièrement, d’ailleurs cet hématome n’a eu aucune incidence sur la suite des événements, j’avais vu mon bébé et son petit coeur battre, tout allait bien. Je pris rendez-vous pour l’écho du premier trimestre qui devait avoir lieu entre mi août et début septembre. Clément avait le droit de venir cette fois-ci mais le planning de ses tournois et le planning des vacances de la gynécologue ne concordaient pas. Elle me conseilla de faire cette échographie avec une consoeur à elle afin que Clément puisse être présent, puis elle rependrait le suivi de la grossesse.

Les semaines suivantes se passèrent un peu difficilement surtout moralement. Je suivais la recommandation à la lettre de la gynécologue et je ne voulais rien faire qui pouvait mettre en péril cette grossesse. Alors j’ai passé trois semaines affalée sur le canapé à ne rien faire et à pas mal m’ennuyer malgré tout. Clément était en tournoi, moi j’avais envie de partir en vacances, de changer d’air, surtout après tous ces mois à la maison en raison du COVID, mais je ne pouvais pas. Mais bon c’était pour la bonne cause bien évidemment. J’ai pris un nombre incalculable de bain où j’adorais parler à mon bébé. J’étais passionnée par toutes les vidéos YouTube « mon premier trimestre » et j’étais toujours très fatiguée et légèrement nauséeuse.

 

27 août

Le rendez-vous du premier trimestre arrive, on est le 27 août et nous partons à Cannes avec Clément pour se rendre au cabinet de l’échographe. À vrai dire, je ne sais pas ce qu’il faut dire, je n’arrive pas à trouver les bons mots pour ce passage. Cela fait trente minutes que je suis dessus et rien ne me semble assez juste. Je n’aime pas les mots que je choisis. Il ne me reste plus que des sensations. Salle d’attente avec de gros canapés confortables. Il faisait très chaud ce jour là et je n’en pouvais plus du masque. Attendre environ dix minutes dans la salle d’attente en se regardant toutes les deux secondes avec amour. Complètement surexcités et stressés. Docteur italienne avec un accent, physiquement un peu austère mais plutôt sympathique malgré tout. Salle dans une pénombre terrible. Aucune lumière du jour, les volets fermés. Quelques questions sur ma grossesse. Symptômes ? Pourquoi nous sommes là aujourd’hui. Elle nous demande de nous installer. Elle parle toujours avec le sourire. Elle met du gel sur mon ventre et passe l’appareil. Et là je comprends tout de suite sans vraiment comprendre. L’image n’est pas comme celle que j’avais vu la dernière fois. Je tourne tout de suite la tête pour ne plus regarder l’écran. Un long silence. « Lors de la dernière échographie tout allait bien Madame? » « Oui très bien. » Un long silence. Je n’ose pas regarder Clément. « Je suis vraiment désolée Madame, mais le coeur du bébé s’est arrêté. » J’ai envie de crier mais rien ne sort. C’est une blague ? Pardon ? Comment ? Je ne crie pas, je ne sais pas quoi dire, je ne pleure pas. « Le coeur a du s’arrêter de battre il y a quinze jours, un peu après votre dernière échographie, je suis sincèrement désolée Madame. » Clément qui me prend la main et qui pleure. Je pense que, hormis le choc de la nouvelle, j’étais tout aussi bouleversée de l’entendre autant pleurer et de le voir dans cet état. « Vous pouvez me parler Madame si vous le souhaitez, je ne peux rien faire mais au moins je peux vous écouter. » Je crois que la seule question que j’ai du lui poser était pour savoir si c’était sûr à 100% que le coeur s’était bien arrêté. Tout s’est enchainé très vite après. À ce stade de la grossesse qui se serait arrêtée à 11 SA, elle me dit qu’il faudra faire un curetage. « Oh non pas un curetage, pitié pas ça. » Je savais très bien ce que cela voulait dire. Elle me propose d’appeler Florent, mon ami sage-femme qui s’occupe aussi de moi et avec qui je voulais accoucher. Le téléphone sonne. Messagerie. L’échographe lui laisse un message. Elle appelle l’hôpital pour voir s’il est de garde. Pendant ce temps, toujours les larmes de Clément, qui me dit à quel point il est désolé. Elle me dit de prendre contact avec l’hôpital pour la suite de la procédure. Je sors mon porte monnaie pour payer. « Ah non Madame, je ne vais pas vous faire payer ça » tout en se levant et nous raccompagnant à la porte. Encore un « je suis désolée Madame, courage ». On passe par la salle d’attente. Voir une femme enceinte avec son gros ventre dans une robe rouge. On marche quelques mètres et on se pose sur une marche. Clément pleure toujours et moi je suis juste déconnectée, sous le choc.

Les heures qui ont suivies ce rendez-vous étaient comme sans vie. Voir le monde autour de soi bouger et être incapable de faire le moindre mouvement. Florent m’a très vite rappelé et s’est occupé de toutes les démarches administratives pour  l’intervention. Il me dit que j’ai le choix de vouloir faire ça le plus rapidement possible ou d’attendre un peu, histoire de « digérer la nouvelle ». Nous étions d’accord avec Clément, nous voulions que ce soit fait rapidement. Je n’ai jamais été traumatisée de porter un petit corps sans vie, au contraire c’était mon bébé et il était au meilleur endroit possible, mais nous savions surtout tous les deux qu’il nous faudrait plus de deux jours pour digérer la nouvelle et que le plus dur était devant nous. Autant alors rayer au plus vite la case hôpital.

 

28 août

J’ai été prise en charge dès le lendemain matin. Tout est allé très vite et si lentement en même temps. Je me souviendrais avant tout de la chance incroyable que j’ai eu d’être aussi bien entourée du point de vue médical. Je n’ai pas eu de commentaires rudes de la part du corps hospitalier. J’ai lu de très nombreux témoignages de femmes qui n’ont pas eu cette chance et je n’ose imaginer comme cela doit rendre la situation encore plus difficile. Clément n’a pas pu entrer au sein de l’hôpital, merci encore Covid de m’enlever mon pilier dans un moment aussi difficile. Ce jour là je n’ai pas « craqué », je savais que ce n’était pas le lieu et que je devais être forte pour ne pas sombrer. Heureusement que Florent était là à chaque étape de cette journée pour m’accompagner, de 9h du matin à mon arrivée, à 12h pour me tenir la main juste avant qu’on m’endorme, jusqu’à 16h moment de ma sortie. Son soutien et son accompagnement tout au long de ces différentes étapes ont été essentiels. Jamais je ne me suis sentie seule ou apeurée et je lui en serai toujours infiniment reconnaissante. Quelque chose d’autre d’important est à prendre en compte. Par chance, je n’ai pas un esprit très cartésien et le fait de savoir en quoi consistait réellement un curetage n’a pas été traumatisant pour moi mais cela doit l’être certainement pour d’autres femmes. Pour moi, mon bébé n’était déjà plus là depuis quelques temps et le petit corps qui restait dans mon ventre n’allait pas souffrir ou subir de « violence médicale ». Cette petite âme n’était plus en moi mais à mes côtés pour me soutenir dans cette épreuve.

 

Les jours d’après

Les 20 premiers jours qui ont suivis l’intervention ont été clairement comme hors du temps. Entre la souffrance physique et émotionnelle,  tout se mélangeait. Une des meilleures décisions que nous avons prise a été de partir. Nous sommes partis une semaine à la montagne. Se retrouver que tous les deux, avec notre petite Kiara bien sûr, pour vivre notre peine et tout ce qui en découle. Nous n’avions ni l’envie ni la force de voir du monde ou de devoir parler. Je pense que je n’ai jamais été aussi triste de toute ma vie que pendant cette période là. Comme me l’a dit une amie très chère à mon coeur, ce lieu devenait notre « endroit réparateur ». C’était exactement ça, on se réparait. Nous n’étions pas en vacances, j’étais incapable de marcher trop longuement sans que mon utérus ne me fasse trop mal, je pleurais beaucoup plus que je ne riais et nous parlions des heures et des heures sans s’arrêter. Nous vivions surtout exactement ce qu’il fallait que l’on vive à ce moment là.

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une multitude d’émotions et de sensations nous ont accompagnées là-bas et quelle chance d’avoir quelqu’un d’aussi bienveillant et à l’écoute que Clément pour me soutenir. Je sais, ô combien il est difficile de voir ceux qu’on aime souffrir autant, tout en ayant soi-même si mal. Notre amour l’un envers l’autre est notre force et notre plus grande richesse. Je savais déjà que nous étions prêts à tout affronter ensemble, mais l’immensité de son coeur m’a profondément bouleversée.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, le 2 octobre 2020, je ne pleure presque plus. La plaie se cicatrise doucement et même si la peine est toujours très présente, les rires arrivent à résonner dans la maison. Chanter à tue-tête du Jean-Jacques Goldman aide beaucoup. J’ai par contre toujours énormément de mal avec le lien social. La vitesse du monde extérieur, sa joie, ses bruits, son rythme, bref la « vie normale », c’est encore un peu trop difficile. Bien sûr la vie continue mais chaque chose en son temps. 

J’aimerai m’adresser à tous les proches qui accompagnent une femme, un couple dans un deuil périnatal. J’ai lu un très bon article qui expliquait que pour apaiser une personne qui souffre, il ne fallait surtout pas chercher à la réconforter. Lui témoigner notre amour et lui rappeler qu’on pense à elle est suffisant. Les mots peuvent être des murs et sans que l’on s’en rende compte terriblement blesser. Je me suis rendue compte que c’est par maladresse et par ce besoin de vouloir combler le silence de la souffrance que l’on peut vouloir donner des conseils. Mais il n’y a pas de conseils à donner. Il y a juste à amener de l’amour là où la souffrance prend trop de place.

« 1 femme sur 4 vit cet événement dans sa vie, c’est dur mais c’est comme ça. » « Je pense que voir du monde te ferait du bien. » « Ne t’inquiètes pas le prochain sera le bon ! » « Au moins c’est rassurant, ça veut dire que tu es fertile. » « Dis toi que la nature est bien faite et qu’il faut mieux que ça arrive maintenant que plus tard » « J’espère que tu pourras m’annoncer bientôt une bonne nouvelle ! » « C’est bon, tu as réussis à faire ton deuil ? » « Bon maintenant il faut passer à autre chose, non ? »

Ces mots ne sont jamais prononcés dans le but de faire du mal, mais pourtant ils en font. Tout autant que ces silences qui s’installent quelques semaines plus tard où nous faisons comme si rien ne s’était passé, on parle de la pluie et du beau temps sans jamais oser soulever le sujet. N’hésitez pas une seule seconde ; il faut mentionner ce qu’il s’est passé. TOUJOURS. Si la personne qui vit cette situation n’est pas à l’aise pour en discuter avec vous, elle vous le fera savoir de toute façon. Mais mentionner ce qu’il s’est passé c’est reconnaitre la souffrance de l’autre et lui témoigner son soutien. Et il n’y a rien de plus important. Bien sûr nous ne sommes pas tous prêts à entrer dans de profondes conversations avec le couple endeuillé. Entendre la véritable souffrance, les cris du coeur de ceux qu’on aime est bien souvent trop difficile à supporter. Ce n’est pas grave et chacun à un rôle à jouer. Parfois il n’y a rien de plus réconfortant que de simplement recevoir des textos avec des « je pense à vous ». Et bien sûr surtout, ne vous offusquez pas si vous n’êtes pas la personne que le couple a choisi pour se confier, se livrer. Il n’y a rien de personnel et chacun fait du mieux qu’il peut. Nous savons que vous nous aimez et que vous feriez tout pour nous arracher cette peine. Merci d’être là, et attendez-nous encore un peu, nous reviendrons quand nous serons prêts.

À toutes les femmes vivant la perte d’un enfant à naître, que ce soit par une fausse couche, un avortement, la mort in-utéro du bébé ou n’importe quelle autre raison, écoutez-vous. TOUJOURS. Chaque émotion doit être vécue profondément. Accordez-vous du temps, il n’y a pas d’urgence à vite se remettre de cette situation. Cela prendra le temps qu’il faudra. Ne vous en voulez pas de changer constamment d’avis, de penser que vous pourriez réussir à affronter cette soirée mais que finalement en y arrivant sur place, n’avoir que l’envie de rentrer chez vous. Rentrez chez-vous si vous le souhaitez. Dites ce que vous ressentez si vous en avez envie et ne dites rien si c’est ce qui est juste pour vous. Entourez-vous des personnes qui vous font du bien et qui vous écoutent comme vous avez envie d’être entendu. Tout le monde ne peut pas jouer ce rôle, alors n’en voulez pas à ceux qui n’y arrivent pas.

J’ai la chance d’avoir une famille, des ami(e)s extraordinaires qui ont tous été présents, à leur façon, et pour qui je serai toujours infiniment reconnaissante. Mais ce n’est qu’avec très peu d’entre eux que je peux entièrement parler de cette histoire, de ce bébé. Sans filtre, ils ont su accueillir mes émotions fluctuantes sans jamais les juger. Mon bébé a su trouver une véritable place auprès d’eux. De véritables bouffées d’oxygène dans ces journées bien sombres remplies de larmes et de colère. On parle des phrases dites avec maladresse et qui blessent, mais on oublie trop souvent de mentionner toutes celles qui sauvent notre âme et notre coeur. Clément, Maman, Julie, Nais, Justine, Claudine, vous êtes mes trésors. Merci de le faire exister.

 

Mille soleils splendides

Cela fait plus d’un mois maintenant et j’ai l’impression d’avoir vécu un tsunami émotionnel. Tellement de choses ont changées. Si je me suis toujours donnée le rôle de la bonne amie, de la gentille Marie, un peu chiante et colérique certes, mais toujours présente pour écouter son entourage, toujours à choisir le mot qui sera le plus juste et qui fera le moins de mal à l’autre au détriment parfois de ce que je ressens, j’ai eu besoin de jouer ce rôle de celle qui en veut à la terre entière et qui ne pense qu’à elle. Celle qui s’insurge devant autant de maladresse et d’apparente non compréhension.

J’ai choisi et assumé de traverser au début de grands moments solitaires où je ne faisais que pleurer. Où je pensais souvent  » pitié ne me secouez pas, je suis pleine de larmes et cette étape est nécessaire, laissez moi tranquille seule avec Clément je n’ai besoin que de lui. »

Confrontée aux silences gênants, aux phrases maladroites, au déni parfois, je souffrais et je n’en pouvais plus de penser « les autres ne comprennent vraiment rien ». Mais j’ai rapidement compris que si je prenais « tout mal » c’était juste car j’étais profondément malheureuse et que rien ne pouvait changer cela. J’avais juste besoin de temps, de mon propre rythme. Toujours encore d’ailleurs. J’ai compris aussi que même si j’avais mal, je pouvais aussi être heureuse. J’étais en deux mots, « mal-heureuse ». Rire n’enlevait pas la souffrance et je ne devais pas ressentir de culpabilité de passer du rire aux larmes. J’ai compris que l’épreuve n’empêche pas le bonheur et que chercher éperdument à vouloir vivre une vie entière de bonheur, ce n’était tout simplement pas la vie. Le téléphone pourra toujours sonner pour nous annoncer la plus terrible des nouvelles. Ou la plus merveilleuse. On ne choisit pas les épreuves que nous devons vivre, du moins on ne les choisit pas consciemment, mais nous pouvons choisir comment les vivre. Nous pouvons choisir la personne que nous souhaitons être et les actions que nous souhaitons entreprendre. Mais il n’est plus question de sans cesse devoir s’améliorer, chercher une soi-disant meilleure version de soi-même. Ce que je suis me satisfait aujourd’hui. Qui je suis est exactement qui je veux être. Je me prends telle que je suis avec mes qualités, que je préfère mettre en avant, mais je reconnais mes faiblesses. Marie douce et gentille, ouverte d’esprit et bienveillante mais parfois dure et égoïste, impatiente et terriblement intolérante. C’est la vie, nos ambiguïtés, nos failles et nos beautés. Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Vivre c’est aimer et souffrir en même temps.

 

À toi notre petit bébé, si je t’écrivais il y a plusieurs semaines à quel point j’étais désolée, j’aimerais te dire aujourd’hui combien je te suis reconnaissante. Je ne suis certainement pas encore capable de comprendre exactement pourquoi tout cela s’est produit mais mon coeur en devine une partie. Mais après tout, je n’ai pas besoin de tout comprendre. Merci de nous avoir choisi comme parents pour cette courte vie dans mon ventre. Je sais que tu n’étais pas venu pour t’incarner sur Terre mais pour nous transmettre un message. Alors je ne vais pas m’étendre à t’écrire ici, je t’ai déjà tout dit. Tu as remplis pendant deux mois nos journées d’amour, de lumière et de joie et sache qu’aucune de ces larmes n’ont été versées contre toi. Je sais qu’après tout événement aussi difficile, se cachent toujours « mille soleils splendides ». Même si nous ne sommes pas toujours prêts à les voir, tu nous donnes chaque jour l’envie d’admirer ces milliers de soleils se lever, et nous ne t’oublierons jamais.

 

 

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10 commentaires pour “À bientôt mon bébé”

  • Bonjour
    Je viens de lire ton texte et je suis en larmes .
    J’ai vécu la même chose en début d’année . Cela fait du bien de lire des mots que j’ai pu ressentir et que certains n’ont pas compris et ne comprennent toujours pas car cela laisse encore des traces . Je comprends tellement ton besoin d’être «  égoïste » après ça et ce recul vis à vis de la vie sociale .
    J’ai la chance d’avoir déjà une petite fille de 5 ans . Nous voulions un deuxième enfant . J’ai eu une fausse couche à 1 mois de grossesse en 2019 puis celle ci plus tardive en 2020 . 2 mois d’espoir , un petit coeur qui s’est arrêté et un curetage , la veille du curetage la fausse couche s’est faite seule chez moi, très douloureuse , le jour de l’hospitalisation on me propose de rentrer chez moi avec des médicaments pour évacuer «  le reste » mais j’ai préféré aller jusqu’au bout et faire ce curetage pour pouvoir vite «  oublier » même si l’on oublie jamais …
    Aujourd’hui je suis en plein doute et peur de réessayer d’avoir une deuxième enfant , ce fut tellement douloureux autant sur le plan physique que moral .
    Si tu as besoin d’en parler n’hésite pas à m’écrire . Si cela peut nous soulager .
    Bon courage et je vous souhaite plein de bonheur ♥️

    • Merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire mon article et de me laisser un commentaire, ça me touche beaucoup. Je suis désolée que tu aies du traverser aussi cette épreuve. Oui il faut penser à soi avant toutes considérations, peut importe ce que les autres pensent ! Je pense que le temps est notre meilleur allié pour guérir de ce genre d’événement qui forcément est traumatisant. Mais il ne faut pas non plus que la peur nous gagne et je suis sûre que l’avenir sera plus doux et lumineux. Beaucoup de courage, je t’embrasse. <3

  • Un très beau texte, touchant pour exprimer votre douleur mais également pour votre envie de continuer à vivre avec celle ci, et poursuivre votre route et votre amour avec Clément !

  • Merci pour cet article si criant de vérité ❤️ Tes mots sont parfaits. merci pour toutes les femmes mais aussi tes amis, de nous permettre de comprendre votre douleur mais aussi votre processus de guérison et de vous comprendre un peu mieux pour être la pour vous ❤️

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